Kidnapping

La Rançon : Arte lève le voile sur le travail des assureurs K&R

Par Vincent Bussière, journaliste - Le 29/09/2017

Mardi 26 septembre, Arte diffusait en prime time un documentaire passionnant sur le « business » des kidnappings. Le réalisateur Tony Lainé a pu travailler en confiance avec des assureurs anglo-saxons et des négociateurs (dont un français) pour recueillir leurs confidences et filmer leurs méthodes de travail. A voir absolument !

© Little Big Story
© Little Big Story

« C'était un travail de longue haleine », sourit Tony Lainé. « C'est un film miraculé », renchérit Roch Bozino, le directeur commercial de Java films, en guise de présentation. Lorsqu'il a décidé d'enquêter sur le business en plein boom du kidnapping, le premier s'est fixé deux principes : « Ne pas filmer des méduses, refuser tout floutage et surtout accepter de ne pas tout montrer, ne serait-ce que pour protéger mes sources et la nécessaire confidentialité de certaines parties de ce « commerce », le nom des clients, le montant des rançons versées. » Le tout, insiste-t-il, « pour en finir avec certains fantasmes autour de ce phénomène vieux comme le monde ». Le résultat, que La Tribune de l'Assurance a pu visionner en avant-première au Rendez-vous, le Salon de l’audiovisuel français de Biarritz, est saisissant. Dans la salle, acheteurs et journalistes étaient unanimes après avoir frissonné lors de certaines séquences de La Rançon - Enquête sur le business des otages, qui a séduit une douzaine de télévisions à travers le monde.

Tony Lainé a contacté toutes les assurances françaises. « Aucune ne m'a répondu. Seuls deux cadres de très haut niveau ont accepté de me recevoir et de me conseiller en leur nom propre, en m'aiguillant vers leurs concurrents anglo-saxons », reprend le documentariste. Chez certains, la porte s'est ouverte après un long plaidoyer de David Hornus, ancien des forces spéciales, fondateur de Corpguard, société de défense privée. Au bout du compte, le Lloyd's, Griffin Underwriting, et Tokio Marine HCC accepteront de jouer le jeu. « Sans doute que certains voulaient aussi se promouvoir face aux tenants du marché », sourit-il. Et de se souvenir du chapelet de désistements tout au long du tournage.

Loyauté absolue

Le réalisateur ne mesure ni sa gratitude ni ses éloges envers Veronica Ribeiro, ancienne vice-présidente de Tokio Marine HCC : « Elle a été d'une loyauté absolue, son témoignage est une immense preuve de courage et d’honnêteté. » Pourtant, lorsqu’elle détaille calmement et ligne par ligne un contrat K&R et le montant des indemnités versées selon l'ampleur des amputations infligées à un otage, les festivaliers de Biarritz se sont figés. Avant de lui reconnaître un certain cran.

Ce film règle aussi son compte à certains tabous. Oui, l'assurance mandate des sociétés privées pour négocier des rançons et livrer des valises. Oui, il s'agit souvent de discussions de marchands de tapis. Même au Moyen-Orient, ces enlèvements sont motivés par l'appât du gain. David Hornus met les pieds dans le plat : « Les objectifs des assureurs divergent parfois de ceux des États. Quand les premiers veulent récupérer au plus vite et dans le meilleur état les victimes, certains des seconds veulent avant tout arrêter les criminels », explique-t-il très posément.

Sans prendre parti, Tony Lainé éclaire aussi certains effets de ce « commerce » et de ses réponses assurantielles. Comme au Venezuela où le gouvernement gèle les avoirs des familles des kidnappés et proscrit la souscription de polices K&R. Du coup, les plus riches s'assurent dans les pays voisins ou aux Etats-Unis. Les classes moyennes montent des tontines, quand les gangs descendent en gamme et réduisent leurs risques : plutôt que de séquestrer un dirigeant, ils se rabattent sur de petits commerçants ou artisans. Lequels, une fois libérés, n'ont d'autre choix que de vendre leur affaire pour rembourser leurs dettes. Et fertilisent le terreau des inégalités sociales sur lesquelles n’en finit pas de prospérer ce business criminel.

Cliquez ici pour voir La Rançon - Enquête sur le business des otages

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