patrimoine

L’Elysée sensibilisé à l’assurance Fine Art

Par Sarah Hugounenq, journaliste - Le 29/03/2018

L’assurance reste la bête noire des musées… du moins dans l’esprit de leurs directeurs. C’est ce qui ressort du déjeuner qui a réuni le 13 mars à l’Elysée une trentaine de patrons de musées français autour d’Emmanuel Macron.

© Thomas Faivre-Duboz
© Thomas Faivre-Duboz

Au milieu de discussions informelles sur le rayonnement artistique de la France, l’accès à la culture, l’éducation, ou la circulation des œuvres d’art, les assurances sont revenues à plusieurs reprises sur la table de l’Elysée où la présidence de la République avait convié les directeurs des principales institutions muséales du pays. Selon nos informations, les directeurs ont esquissé des pistes pour alléger leur facture, dont une réforme de la garantie d’Etat. Il aurait été proposé d’étendre le dispositif dès le premier euro de capital exposé, quand aujourd’hui le premier risque (en moyenne jusqu'à 400 M€) est pris en charge par un assureur privé. « Il serait pertinent d’étendre la garantie d’Etat si tous les partenaires étrangers d’une exposition acceptaient le dispositif – ce qui est loin d’être le cas. Ce sont leurs primes imposées qui alourdissent la note, pas la prime française sur le premier risque », note Jacques Lemoine, directeur général France d’Eeckman.

De surcroît, la garantie d’Etat n’a jamais été activée jusqu'à présent et ce grâce à l’intervention de l’assureur privé sur le premier risque où la sinistralité est plus importante. En ce sens, le contrat privé est une soupape de sécurité pour les deniers publics. Enfin, face à la parcimonie avec laquelle le mécanisme est octroyé (2 à 3 expositions par an), l’économie serait probablement plus substantielle en étendant le dispositif à tous les musées, sur le modèle canadien, plutôt que de supprimer le recours à l’assureur privé jusqu’au seuil de déclenchement de la garantie d’Etat à 400 M€.

Une autre piste a été évoquée : l’extension de la dispense d’assurance entre musées nationaux et territoriaux dans le cadre de prêts d’œuvres. « Si je comprends ces demandes, je les trouve contradictoire avec le mouvement actuel d’autonomisation des musées et des collectivités territoriales », remarque Jacques Lemoine. Au diapason, Nicolas Kaddeche, responsable art et clientèle privée chez Hiscox, comprend que « les musées demandent des contreparties face aux exigences qui leur sont demandées de rayonner et exposer plus. Mais est-ce au contribuable de payer ce risque-là ? Le débat est politique et éthique ».

En effet, qui aurait payé la facture, en l’absence d’assurance, pour la destruction des œuvres du Louvre déposées au musée de Tatihou dans la Manche, qu’un incendie ravageait en juillet dernier ? « Les primes baissent, alors que le risque – en particulier lié aux événements naturels – augmente. L’intensité des sinistres en assurance Fine Art oblige à une logique de coassurance afin de proposer des primes plus souples. En réduisant la voilure de l’assurance, on peut mettre à mal cet équilibre, poursuit Hiscox. Actuellement, les primes sont calculées par la mise en perspective des risques en séjour avec ceux en transport. Si on prive le marché des contrats sur les œuvres en séjour, c’est-à-dire du meilleur risque, il y aura un impact sur les primes qu’on augmentera artificiellement du fait d’un coût opérationnel plus élevé. Cela revient aussi à tourner le dos à notre savoir-faire en matière de prévention et d’estimation du risque qui est notre métier, pas celui des conservateurs. »

Les doléances des directeurs de musées trahissent principalement leur incompréhension de l’utilité de l’assurance, perçue comme un coût plutôt que comme une protection. « A commenter les prix d’assurance, les directeurs de musées affirment leur compétence en la matière, remarque Eeckman. Mais alors, pourquoi acceptent-ils des valeurs d’assurance surévaluées ? Pourquoi n’usent-ils pas de leur pouvoir pour freiner les exigences de certains prêteurs ? L’assurance serait-elle plus facile à pointer du doigt que les vrais problèmes ? »

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