Interview de la semaine

«L'assurance a un rôle pivot à jouer pour l’avenir de la planète»

Par Stéphane Tufféry, rédacteur en chef - Le 06/02/2020

Florence Tondu-Mélique, présidente-directrice générale de Zurich France

Dans la droite ligne du Global Risks Report auquel le groupe Zurich est associé, la dirigeante de l'assureur en France pointe l'urgence climatique et le rôle majeur que doit jouer le secteur de l'assurance en matière de prévention, de gestion et de transfert des risques liés.

Dans quel contexte évolue Zurich France en ce début 2020 ?

Cette nouvelle décennie qui s’ouvre sera marquée par l’urgence d’agir alors que nos économies et sociétés sont à un point d’inflexion. C’est un constat qui vaut pour Zurich et pour l’ensemble de la profession. Je pense notamment à l’urgence climatique. La planète est en feu et le monde ne peut attendre que le brouillard géopolitique se dissipe pour s’atteler à la lutte contre le réchauffement climatique.

Si nous n’inversons pas la trajectoire au cours de la prochaine décennie, nous irons au-devant d’événements climatiques extrêmes et de catastrophes naturelles dignes de scénarios de science-fiction !

Pourquoi tirez-vous la sonnette d’alarme aujourd’hui ?

La situation requiert des mesures d’urgence pour assurer un développement plus durable sans lequel les conséquences économiques, démographiques et sociales seront dévastatrices. La prise de conscience environnementale est une lame de fond, en particulier chez les jeunes générations. Or, l’assurance a un rôle pivot à jouer. Notre capacité d’investissement et de souscription des risques nous met en position d’influencer le comportement des acteurs économiques. Il nous appartient de mettre nos savoir-faire en matière de prévention et de gestion des risques au service de l’avenir de la planète. Nous n’avons pas d’autre voie dans la mesure où l’assurance ne pourra porter seule le risque climatique qui lui est transféré.

Par ailleurs, les perspectives économiques du FMI tablent sur une croissance mondiale de 3 % sur cette dernière année, la prévision la plus faible depuis la crise financière. Nos gouvernements et entreprises doivent résoudre en premier lieu les fractures sociales et économiques sans quoi ils n’auront pas les financements et la stabilité nécessaires pour s’attaquer à la problématique du climat. Le lien est immédiat. La polarisation politique intérieure et les confrontations économiques sur fond de remise en question du multilatéralisme et des fondements mêmes de la mondialisation représentent à ce titre les risques majeurs à court terme.

Le constat de l’accélération et des menaces liées au changement climatique est pourtant vieux de plusieurs années.

En effet, et le groupe Zurich est actif sur ces enjeux depuis longtemps. Ce qui est nouveau est le caractère d’urgence. Nous sommes à un point de bascule. L’édition 2020 du Global Risks Report, publié chaque année par le Forum économique mondial en amont des rencontres de Davos et auquel Zurich est associé, a identifié pour la première fois les risques environnementaux comme principale menace. Conséquence directe, l’accélération de la perte de biodiversité et la destruction des écosystèmes obèrent la capacité du monde à se développer dans le futur.

Quels enseignements en tirez-vous ?

Il y a une véritable nécessité d’adresser les risques environnementaux dans toutes leurs composantes. Et les besoins de financement sont considérables. Selon l'Organisation des Nations unies, ce ne seront pas moins de 140 à 300 Md$ à mobiliser chaque année d’ici 2030 dans les pays en développement pour s’adapter au changement climatique. Sans l’implication de toutes les parties prenantes, c’est-à-dire le travail en commun du secteur public et privé, la capacité des sociétés à s’adapter sera réduite et la fenêtre d’opportunité pour inverser la tendance que sont les dix prochaines années se refermera.

Y a-t-il d’autres risques qui méritent qu’on tire le signal d’alarme ?

Absolument, en particulier sur le plan géopolitique. L’instabilité croissante, à l’image des tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis et celles politiques au Moyen-Orient, menace le commerce et les flux mondiaux. L’OMC anticipe une contraction des échanges commerciaux de 17 % dans les trois prochaines années, amputant le PIB mondial de deux points et, de fait, la capacité à dégager ces 140 à 300 Md$ annuels pour s’adapter et lutter contre le réchauffement climatique.

Concrètement, comment Zurich compte-t-il s’engager ?

Zurich entend jouer un rôle actif, à la hauteur de ces défis. Nous sommes déjà très mobilisés : le Dow Jones Sustainability World Index, qui mesure l’engagement durable des entreprises à travers le monde, classe le groupe Zurich à un niveau supérieur à 99 % de ses pairs. Mais nous souhaitons faire encore davantage, raison pour laquelle, le groupe s’est engagé en début d’année sur trois volets distincts.

Sur le volet climatique, Zurich est membre fondateur de l’alliance sous l’égide de l'ONU pour une gestion d’actifs zéro émission. En tant qu’investisseur, nous visons un portefeuille zéro carbone à horizon 2050. En tant qu’assureur, Zurich a été le premier signataire du pacte mondial des Nations unies pour une limitation du réchauffement sous les 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. Nous prenons ainsi l’engagement, cette fois dans notre cœur d’activité, de ne plus souscrire les risques des entreprises tirant plus de 30 % de leurs revenus des énergies fossiles et d’accompagner nos clients dans cette transition.

Le deuxième enjeu majeur sur lequel Zurich a pris des engagements est celui d’accompagner la transition digitale et démographique de la société dans son ensemble, et en particulier de nos collaborateurs, en les formant aux métiers de l’assurance de demain comme l’intelligence artificielle et en promouvant bien-être et sens au travail. Enfin, le troisième volet est celui de la confiance dans une société numérique, socle du développement de nos économies. A titre d’exemple, nous nous sommes engagés en septembre dernier à aller au-delà des obligations RGPD pour assurer la transparence et le respect de la vie privée de toutes nos parties prenantes.

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