Interview de la semaine

« Nous observons un arrêt brutal des projets liés à la transformation de l’assurance »

Par Nessim Ben Gharbia, Journaliste - Le 23/07/2020

Christophe Eberlé, président-fondateur d'Optimind

Président-fondateur de la société de conseil Optimind, Christophe Eberlé revient sur les conséquences de la pandémie Covid-19 sur l’environnement de l’assurance.

Comment évaluez-vous le positionnement des assureurs pendant la crise de la Covid-19 ?

En matière de communication, ça ne s’est pas passé comme prévu. Assez rapidement, la profession a été exposée sur le problème épineux de la perte d’exploitation. Il y a eu des communications individuelles, ce qui a pu compliquer une communication de place. Il aurait été préférable pour les assureurs de parvenir à se synchroniser autour de points consensuels, et d’être en mesure de proposer une prise de parole unifiée, rapide et claire, avec une forte présence médiatique et positive.
 
A défaut, le grand public a pu avoir l’impression que les assureurs n’ont pas été au rendez-vous pour les professions touchées. Je traduirais cela par une forte attente de couverture financière du grand public et des entreprises, qui correspond à une extrême précaution qui prévaut aujourd’hui en France et dans la plupart des pays développés.
 
Cela étant, il faut saluer l’accompagnement des assurés en santé-prévoyance, qui a été exemplaire et d’ailleurs exempt de critiques.

Quels sont les conséquences prévisibles de la crise sur l’environnement de l’assurance ?

Ce que nous constatons depuis le mois de mars, c’est un arrêt brutal des sujets et projets liés à la transformation, au changement et à l’optimisation, que ce soit en termes de marketing, d’informatique, et paradoxalement aussi de gestion des risques. Un arrêt qui s’est expliqué d’abord par le confinement avec une priorité évidente pour la poursuite des activités essentielles, puis aujourd’hui par un fort focus accordé à la gestion des affaires courantes.
 
Sur notre marché spécifique de l’accompagnement en gestion des risques, il n’y avait quasiment plus d’appels d’offres depuis trois mois, et nous notons aujourd’hui une reprise lente des sollicitations, certainement aussi en relation avec le retour sur site, progressif, des collaborateurs de la plupart des organismes assureurs.  

Et sur les comptes des assureurs ?

Certaines branches ont été très bénéficiaires durant ces trois mois comme l’automobile, la RC professionnelle ou encore la santé, d’autres branches ont été plus éprouvées, comme notamment la prévoyance. L’industrie de l’assurance aura globalement moins souffert de la crise sanitaire que d’autres secteurs à court terme. Cependant, des conséquences négatives paraissent inévitables sur une plus longue période, avec une crise économique violente, des pertes en valeur d’actifs, des risques de défaut de paiement sur les cotisations et une dynamique commerciale certainement affectée.
 
L’élément le plus impactant à ce stade, c’est la chute des marchés actions. Sur ce point, il y a plusieurs niveaux de protection qui ont été anticipés : les assureurs ont réduit leur exposition aux actions, du fait de la directive Solvabilité II. A la fin de l’année dernière, plusieurs mesures d’accompagnement et de stabilisation du ratio de solvabilité ont également été prises par les autorités françaises, à travers des mesures techniques comme l’utilisation de la participation aux bénéfices en tant que quasi fonds propres. Cela aura permis aux ratios de solvabilité, malgré l’énorme chute du marché actions, d'être globalement stabilisés. Ils ont certes baissé de 20 à 30 points, mais il n’y a aujourd’hui aucun risque systémique sur la solvabilité du secteur. 

Les difficultés rencontrées sont-elles à même de favoriser les captives ?

Malheureusement, le sujet du rapatriement des captives a été relégué au second plan avec la crise exceptionnelle que nous traversons. Pourtant, il y a depuis quelques mois un mouvement de fond à ce sujet, et les autorités publiques cherchent à favoriser leur rapatriement en France. Aujourd’hui, nous les retrouvons principalement au Luxembourg, en Irlande et à Malte, pour des raisons technico-fiscales, ces pays permettant en effet une meilleure prise en compte des bénéfices techniques dans le temps. Le Trésor recherche une solution pour offrir un écosystème juridico-fiscal équivalent afin que les 250 industriels français qui ont aujourd’hui des captives d’assurance et de réassurance puissent envisager de les implanter ici, ou a minima d’installer leurs nouvelles activités de transfert de risques en France. Ce sont des emplois, des actifs, des activités comptables et des remontées fiscales : on ne voit pas pourquoi ces captives ne pourraient pas être logées en France.
 
Le succès des captives devrait d’ailleurs continuer à s’amplifier, car une captive permet à l’industriel concerné de s’auto-assurer pour des risques statistiquement très contrôlés, et où il y a peu d’intérêt de s’assurer sur le marché (comme pour les flottes automobiles), de réaliser des mutualisations idéales grâce à ses expositions géographiques et sectorielles, ou encore de gérer des risques dont le coût d’assurance est exorbitant, voire qui sont inassurables. Les captives représentent ainsi plus des compléments au marché de l’assurance qu’une concurrence pour les assureurs.

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