PER

Epargne retraite : bientôt le PERU !

Par Elisabeth Torres, journaliste - Le 05/02/2021

Commercialisé depuis octobre 2019, le nouveau PER trouve peu à peu sa place, surtout le PER individuel. Le PER entreprises lui emboîte le pas, avec en ligne de mire le PER unique.

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Créé par la loi Pacte, le nouveau PER (plan d’épargne retraite) a été lancé le 1er octobre 2019. Un an plus tard, les produits préexistants (Perp, Madelin, Perco, article 83…) ont été fermés aux nouvelles souscriptions. Conséquence : le nouveau PER, en particulier le PER individuel, monte en puissance. D’après les chiffres de la FFA, 322 000 PER individuels ont été souscrits à fin novembre 2020. Première association d’assurés à en proposer un, l’Agipi a par exemple enregistré 8 442 souscriptions en 2019 (sur les trois premiers mois de commercialisation de son contrat FAR PER), 24 767 en 2020. « Environ 80 % des encours correspondent au transfert d’anciens contrats tels que Madelin, Perp ou articles 83, nuance Nicolas Thilliez, actuaire associé de Galea & associés, cabinet d’actuaires qui accompagne entreprises et assureurs dans la gestion et le suivi des régimes de protection sociale complémentaire. « Le nouveau PER bénéficie de plusieurs atouts, poursuit-il, tout d’abord, les pouvoirs publics l’ont beaucoup promu, en veillant toutefois à ne pas trop lier ce lancement du PER au projet de réforme du système de retraite. Ensuite, la possibilité de sortir en capital – quand bien même elle ne serait pas exercée – lève un frein important dans la commercialisation des produits d’épargne retraite, la rente obligatoire étant souvent mal perçue par les épargnants. Par ailleurs, il faut se souvenir que lors de l’entrée en vigueur du prélèvement à la source, un dispositif anti-optimisation avait été mis en place par les pouvoirs publics sur les produits d’épargne retraite tels que le Perp, afin d’inciter les Français à maintenir leur effort d’épargne durant l’année blanche, avec des conséquences souvent pénalisantes sur la déductibilité des versements 2019. Le PER échappait à ce dispositif, ce qui a contribué à son succès, dès la fin 2019. »

L'attrait de la défiscalisation

« Le marché pousse beaucoup sur le PERin, confirme Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures, de fait, ce produit contraint moins les assureurs en termes de marge de solvabilité que l’assurance vie, il est en outre plus margé, enfin il permet de vendre de la défiscalisation, ce qui plaît aux Français. » Le consultant nuance d’ailleurs à cet égard le succès affiché : « S’il est vrai que nombre de contrats ont été souscrits, ce nombre doit être rapporté à la collecte, qui en réalité n’est pas si importante, les épargnants ne versant que de petits montants en vue de défiscaliser. Les Français ont un vrai besoin de retraite par capitalisation individuelle, et à ce titre le PERin fait l’affaire, mais les frais des UC maison proposées sont très élevés, si bien que le client risque de ne pas s’y retrouver, notamment s’il ne souscrit que pour des raisons fiscales. Par ailleurs, dans le contexte de la crise sanitaire, les gens ont besoin de liquidités, or l’épargne est bloquée, le PERin s’adresse ainsi avant tout aux épargnants relativement âgés. » 

A noter que l’ACPR a rappelé à l’ordre un organisme d’assurance en janvier dernier « après avoir constaté la diffusion de documents publicitaires présentant de manière insuffisamment équilibrée les avantages et inconvénients du contrat proposé ». Les pratiques incriminées consistaient en l’espèce à transmettre aux assurés détenteurs de contrats de retraite supplémentaire de gammes anciennes, comportant des garanties contractuelles importantes (taux de revalorisation notamment), des courriers publicitaires visant à promouvoir le transfert de l’épargne vers des contrats de retraite plus récents, assortis de garanties moindres. L’ACPR reproche à ces courriers publicitaires d’avoir « mis en avant les avantages potentiels des opérations de transfert, sans pour autant présenter clairement les risques de baisse de la rente annuelle garantie s’y attachant ». « Les assureurs doivent être vigilants sur ce point, pour ne pas faire de la Pactisation des produits une aubaine technique, au détriment des assurés », estime Nicolas Thilliez.

Si la loi Pacte permet également aux gérants d’actifs de créer des PER individuels, ces derniers ne se sont pas précipités. « Tandis que les assureurs se sont lancés sur ce marché dès octobre 2019, il a fallu attendre l’automne dernier pour voir arriver des PER individuels sous forme de comptes-titres, reprend-il. L’épargne est placée sur des unités de compte, souvent comparables à celles proposées sur les contrats d’assurance. S’il n’offre pas le fonds en euros dont les épargnants sont longtemps restés friands, et un cadre fiscal légèrement différent, ce type de PER présente l’avantage de facturer moins cher les frais de gestion. » Argument d’ailleurs mis en avant sur le site de Yomoni qui indique que « le strict contrôle des frais vise à obtenir une bonne rémunération des capitaux investis ».

Les PER entreprises à la traîne

Les PER entreprises n’ont pas connu le même succès que le PERin, en tout cas pour le moment, et ce notamment pour des raisons conjoncturelles. D’après les chiffres de l’AFG au 30 juin 2020, les nouveaux PER d’entreprise collectifs comptabilisaient 4,8 Md€ d’encours sur les 20,5 Md€ (+ 9 % sur un an) d’encours en épargne retraite d’entreprise collective. 

« Avec la pandémie, les DRH ont eu d’autres préoccupations (à commencer par l’organisation du télétravail), que la Pactisation des dispositifs existants, qui nécessite notamment d’impliquer dès le début les  partenaires sociaux. Or, dans le contexte actuel, il a été plus difficile de réunir tous les acteurs, et de les mobiliser sur ce sujet », explique Nicolas Thilliez. Pour autant, Galea a été chargé par plusieurs grandes entreprises de travailler à la rationalisation des dispositifs existants, en vue d’étudier les conditions de leur transformation en nouveaux PER. Autre comportement également observé : le recours à des PER entreprises « transitoires » d’un an ou deux, en vue de bénéficier, au plus vite, du taux réduit de 16 % du forfait social.

Vers un PER unique

« Les principaux acteurs assurantiels du PER demeurent pour l’instant les mêmes, reprend Nicolas Thilliez : Axa, AG2R La Mondiale, Sogecap, Cardif et Predica en collectives, auxquels il faut ajouter Swiss Life et Generali, pour les produits individuels. A terme, leur métier devra converger avec celui de l’épargne salariale afin de proposer une offre marketing et des plates-formes unifiées où les assurés pourront agréger leur épargne retraite, prise dans son ensemble. C’était d’ailleurs l’un des objectifs des pouvoirs publics que d’aboutir au PER unique. Certains acteurs ont d’ores et déjà opéré un rapprochement des équipes commerciales dédiées à la retraite individuelle et à l’épargne salariale, c’est une première étape. Mais l’essentiel du chemin vers l’unification et la simplification des portails clients, en vue d’une gestion directe par l’assuré, est encore à faire. »

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