Fine Art

Axa Art va-t-il se déconfiner ?

Par Sarah Hugounenq, journaliste - Le 31/05/2021

Départs en cascade, révision sans précédent du portefeuille… Axa Art est mort, vive Axa-XL Fine Art and Specie. Mais quels sont les contours de ce repositionnement ?

Le petit monde de l’assurance de l’art retient son souffle et s’interroge : quel est le nouvel appétit en matière de risque Fine Art d’Axa-XL, héritier du portefeuille leader apporté par Axa Art ? Trois ans après le rachat d’XL Catlin, le brouillard se dissipe. Car en matière de Fine Art, ce rapprochement des portefeuilles ressemblait davantage au mariage de la carpe et du lapin. D’un côté, Axa Art France, entité largement indépendante, leader historique doté d’une capacité supérieure à 100 M€ sur le secteur musées, professionnels de l’art et collectionneurs depuis le rachat de Nordstern en 1997. De l’autre XL, plus connu pour le risque d’entreprise, et son tropisme vers l’assurance bijoux et le transport, donc moins actif sur le marché français de l’art. Réunies sous le même toit depuis fin septembre 2019, les équipes d’XL, d’Axa Art et d’Axa CS ont donné naissance à un éphémère département Axa-XL Art & Lifestyle, combinaison de l'activité Fine Art and Specie du Groupe XL et des offres d'Axa Art. La branche Art and Specie qui bénéficiait d’une grande indépendance à travers la structure Axa Art est aujourd’hui un des quatre départements au sein de la ligne Specialty, aux côtés de risques hétérogènes comme Accident & Health, Political Risk, Credit & Bond et le dernier né sur le marché français Crisis Management & Security Risks.

Départ du monde de l'art

Mais la réunion de l'assurance dommages des grandes entreprises et des risques de spécialités ne plaît pas à tout le monde. Patricia Naudan, directrice générale France d’Axa Art depuis 2017, quittait le navire et le monde de l’art en février pour rejoindre la direction dommages de Gras Savoye Willis Towers Watson, pourtant lui aussi promis à la tourmente d’une fusion en cours. Suivait quelques semaines plus tard le départ d’une autre personnalité, collaborateur depuis plus de vingt ans : Philippe Bouchet. Ce délégué artistique qui fît la force d’Axa Art par sa fine connaissance des dossiers et le truchement d’une présence incessante sur le terrain des visites de risques a rejoint début mai un concurrent direct en pleine ascension : Generali. Il prend la responsabilité de la branche française d’Arte Generali lancée à l’automne. Dans ses bagages, il emporte Caroline de Combarieu, ancienne directrice commerciale d’Axa Art venant elle aussi étoffer les équipes d’Arte Generali en tant que responsable de la distribution.

Détricotage

En réaction, Mathieu de Roquemaurel, entré chez Axa France en 2010, était promu nouveau responsable souscription Specialty France, et Daphné de Marolles, elle aussi figure historique d’Axa depuis son arrivée chez Axa CS en 2009 puis chez Axa Art en 2018, devenait début mai responsable de souscription Art & Specie and Private Clients. « Cette nouvelle organisation détricote l’image d’Axa Art, peste un courtier. Ils avaient su créer une niche d’excellence dans un marché de niche justement parce que l’impulsion ne venait pas d’en haut. Une niche d’excellence avec des contrats aussi spécifiques ne rentre pas dans une case. » « Nous figurons parmi les leaders mondiaux de l’assurance des œuvres d’art et nous disposons d’une équipe spécialisée de souscripteurs et de gestionnaires de sinistres qui accompagnent nos clients, qu’ils soient collectionneurs ou travaillent dans le monde de l’art », rétorque l’intéressé qui réaffirme le maintien de la souscription sur ses lignes de risques historiques : les professionnels de l’art, les musées et fondations, les collections d’entreprises ainsi que les collectionneurs privés.

Cure d'amaigrissement

Mais ce voeu de continuité est bousculé par la cure d’amaigrissement drastique imposée au portefeuille habitation haut de gamme en début d’année. Jusque-là fixé à 300 000 € de capitaux sous risque pour une prime minimum de 1 500 €, la barre d’éligibilité au contrat TailorMade a été remontée à 750 000 €, conduisant à la résiliation de toutes les polices n’entrant plus dans ce nouveau positionnement, à savoir les contrats de moins de 5 000 € de prime. « Le rapport sinistre/prime n’est pas mauvais contrairement aux généralités que l’on fait sur les MRH, explique un concurrent. Ils veulent se recentrer sur les grands comptes et se rapprocher de leur minimum de prime. Va vite se poser la question du courtier qui n’apprécie guère placer ses clients chez des assureurs trop sélectifs. » « Nous avons décidé d’affiner notre approche sur le marché des particuliers pour la MRH en nous concentrant sur les plus grands risques. Nous sommes convaincus que c’est sur ce segment que nous sommes en mesure d’apporter le plus de valeur à nos clients particuliers et d’offrir une approche et un service personnalisés », explique Axa-XL qui en ce sens suit un mouvement plus global du marché, désormais de plein pied dans une phase de resserrement à mesure que les taux remontent. Si les concurrents se frottent les mains en récupérant les déçus de la fusion tant côté RH que côté clients, rien n’indique pour l’heure que ce changement de stratégie n’impacte réellement le marché du monde de l’art. Celui-ci est traditionnellement un marché de co-assurance peu perméable aux mouvements d’un seul de ses acteurs, aussi capacitaire soit-il.

A lire aussi

Bilan non-vie

Pros et entreprises font grimper l’addition

La pandémie n’aura pas épargné le secteur de l’assurance en 2020, quoi qu’en pensent les assurés. En témoigne la forte augmentation des sinistres, notamment sur le marché des...

> Lire la suite

Risque cyber : le prix à payer pour s’assurer

Face à la hausse tant en fréquence qu’en intensité des sinistres cyber, les assureurs réduisent la voilure au niveau des capacités offertes, et augmentent sensiblement les niv...

> Lire la suite

Assistance

Ils assurent : l’e-reputation

À l’ère des réseaux sociaux et du tout numérique, chacun s’expose à des désagréments lorsqu’il met tout ou partie de sa vie en vitrine sur Internet. De la diffamation à l’usur...

> Lire la suite