L'œil du gérant

Investir sur les actions US sans céder à la nervosité

Par Etienne Vincent, responsable global de la gestion Quantitative au sein de BNP Paribas Asset Management (BNPP AM) - Le 01/02/2019 - Magazine n° 243

Beaucoup pensent que la gestion active n’est pas idéale sur le compartiment très arbitré des actions américaines et optent plutôt pour une approche indicielle. Pourtant,  l’investissement factoriel peut également être source de valeur ajoutée.

Les grandes capitalisations américaines représentent plus de la moitié de la capitalisation boursière des marchés actions développés et un tiers de l’univers global des actions (en incluant les petites capitalisations et les actions émergentes). Difficile donc de ne pas aborder le thème de la surperformance des grandes capitalisations américaines dans les discussions portant sur l’allocation d’actifs mondiale. Les gestionnaires d’actifs ont remarqué que cet univers comptait trois fois plus de fonds investis (Morningstar en a recensé plus de 1 500) que d’actions sous-jacentes ! Pourtant, aucun autre marché ne suscite d’aussi vifs débats sur le choix entre la gestion active et l’investissement passif. En dépit des nombreux fonds actifs disponibles, certains ETF (Exchange Traded Funds), qui répliquent l’indice S&P 500, ont atteint des tailles incroyables. En Europe, en particulier, beaucoup d’investisseurs et d’assureurs sont réticents à opter pour une gestion active des grandes capitalisations américaines, au motif que les opportunités sont limitées dans cet univers où la liquidité abondante est perçue comme un facteur favorisant un arbitrage rapide dès qu’une idée d’investissement intéressante est identifiée.

Cependant, des études psychologiques sur le processus de prise de décision en groupe concluent à l’inefficacité de la « pensée de groupe ». Le plus souvent, les groupes prennent de plus mauvaises décisions que la moyenne de leurs membres individuellement. En effet, les interactions sociales, les tendances, l’effet de dotation ou les biais de disponibilité peuvent les conduire à prendre des décisions excessives, centrées sur la position des leaders d’opinion. L’exception notable est la situation où tous les membres se rendent à l’évidence qu’il existe une meilleure décision que celle retenue initialement : c’est l’effet « eureka ».

Néanmoins, les cours des actions permettent rarement de se trouver dans ce cas de figure. Le prix des actions relève plus du compromis que de l’illumination, et la question est souvent de savoir ce qui va l’emporter entre différents éléments antagonistes, micro ou macro. La plupart des observateurs auront noté que les marchés ont tendance à se polariser sur certains événements spécifiques, identifiés comme des catalyseurs, bien que leur impact réel sur le cours des actions puisse être discutable à long terme. Aux États-Unis, seules semblent compter actuellement les discussions avec la Chine sur les taxes douanières de Donald Trump, mais sont-elles vraiment si importantes ? Les Gafa attirent aussi de nombreuses analyses, mais sont-elles si incontournables parmi les 500 actions du S&P 500 ?

Approche multifactorielle

Le « smart beta », en particulier l’investissement multifactoriel, suit une autre approche. Il utilisent des algorithmes pour la sélection de valeurs afin de se concentrer sur les informations inhérentes aux actions qui ont démontré au fil des ans leur capacité à générer une surperformance régulière. C’est le sens du terme « facteur ». Il est ainsi possible d’utiliser une stratégie s’appuyant sur les quatre facteurs de surperformance récurrente suivants : la valorisation (« value »), le momentum, la qualité et la faible volatilité. Cette approche présente l’avantage de ne pas se laisser guider par les mêmes émotions ou les mêmes tendances que la majorité des acteurs du marché car elle exploite justement les biais comportementaux systématiques des investisseurs. Dans le cas des actions américaines, elle vise à battre l’indice S&P 500 en équilibrant le risque pris par rapport à l’indice entre ces quatre thèmes complémentaires. Comme ces quatre facteurs couvrent des sources d’information très variées, elle peut surperformer à moyen et long terme quelles que soient les conditions de marché. Ainsi, dans ce marché réputé imbattable, à fin novembre 2018, une telle stratégie, celle de BNP Paribas L1 USA notamment, a réussi à générer, sur trois ans, un ratio d’information de + 0,64 (1), hors frais, en dollars. Cela veut dire que pour seulement 3,3 % (1) de risque relatif (Tracking Error), cette stratégie bat l’indice S&P 500 de 2,12 % (1) par an en moyenne (Excess Return).

Surtout, depuis trois ans, chacun des quatre facteurs a contribué positivement à la performance, illustrant bien l’intérêt d’une approche combinée des différents styles pour ne pas trop dépendre du contexte général de marché et générer une performance tout-terrain. Sur 2018, après un début d’année très optimiste, marqué par les bonnes performances de facteurs comme la qualité ou le momentum, en novembre 2018, c’est logiquement le facteur de faible volatilité, représentatif de la prudence, qui a fortement contribué à la performance, alors que la méfiance gagnait les investisseurs. Ce mouvement de rotation entre les facteurs de performance optimistes et les facteurs pessimistes n’est pas nouveau et a déjà été observé lors de la grande crise de 2008 ou en 2016, à l’occasion de l’élection de Donald Trump ou du vote du Brexit.

Pour 2019, ces deux sources de nervosité sont toujours d’actualité pour les marchés, mais les actions restent une classe d’actifs incontournable dans un contexte de taux bas, et les actions américaines demeurent la majorité de cette classe d’actifs. Il n’est donc pas possible de s’en abstenir selon nous.


(1) source : BNP Paribas Asset Management-Part I, performance  annuelle nette de frais, en EUR de la part I en 2017 : 21,78 %. BNP Paribas L1 USA est un compartiment de BNP Paribas L1, Sicav de droit luxembourgeois conforme à la directive 2009/65/CE. Les performances ou réalisations du passé ne sont pas indicatives des performances actuelles ou futures. Les investissements réalisés dans les fonds sont sujets aux fluctuations du marché et aux risques inhérents aux investissements dans des titres financiers. Il est possible que l’investisseur ne récupère par le montant initial de son investissement. Pour une description complète des fonds, veuillez consulter les derniers prospectus disponibles et les DICI des fonds.

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