Interview de la semaine

«Leader Insurance s'est structuré en 2018 tout en maintenant une forte croissance»

Par Stéphane Tufféry, rédacteur en chef - Le 07/03/2019

Yoann Chery, président fondateur du groupe Leader Insurance

Le président fondateur de Leader Insurance revient sur l'actualité et les projets du groupe ainsi que sur le contexte de place, notamment les défaillances d'entreprises d'assurance exerçant en France en construction via la LPS.

Quel est votre bilan de l’exercice passé ?

L’année 2018 a été une année de choix structurels pour le groupe avec la mise en place d’un département conformité, le recrutement d’un directeur général et, début 2019, la création d’une filiale informatique « Leader Digital ». Notre métier change, il évolue. Notre valeur ajoutée réside désormais (et plus que jamais) dans le digital en front et back-office, tant pour nos clients que nos courtiers partenaires. Nous comptons continuer à réaliser de forts investissements en la matière pour conserver l’avance que nous avons depuis 2011 sur le digital, l’intelligence artificielle ou le traitement de la data, nous permettant de mieux segmenter le risque et d’améliorer les résultats techniques de nos assureurs partenaires.

Leader Insurance clôture 2018 avec une croissance de 12 % et un CA proche de 24 M€. Notre résultat approche les 20 % et l'endettement du groupe est inférieur à 5 M€. Le groupe comptait 90 collaborateurs au 31 décembre dernier.

Cette forte croissance est 100 % organique. Nous n'avons pas opéré de croissance externe en 2018, mais nous avions déjà racheté Assur construction puis BatiRisk en 2017. Aussi, nous sommes ravis d'avoir pu passer cette grande étape structurelle tout en maintenant une croissance soutenue.

Le groupe est fort de sa diversification : nous réalisons 50 % de notre CA en multiproduits et 50 % en construction. Aucun client ne représente plus de 1 % du chiffre d’affaires et nous avons en portefeuille près de 90 000 polices actives pour un taux de chute inférieur à 8 points.

Et vos ambitions pour 2019 ?

Nous avons commencé dès le 2 janvier 2019 une forte attaque commerciale et j’ambitionne d’atteindre les 30 M€ de CA en 2020 pour un encaissement proche de 120 M€. Au-delà, mon objectif est de doubler de taille à l'horizon 2023 sur le périmètre du groupe Leader Insurance : notamment ses trois filiales grossistes : Axre Insurance (agent souscripteur immeubles, construction, risques industriels et risques spéciaux), Leader souscription (agent souscripteur construction, risques professionnels et immeubles) et Batirisk (courtier grossiste) et ses entités directes : Leader assurances (courtier direct avec un réseau de 22 agences) et Cover insurance (Pure player Web).

Cette année, nous travaillons la croissance externe sur des marchés cibles avec l’objectif de devenir le premier courtier des PME. Nous travaillons aussi sur de nombreuses nouvelles offres : par exemple, très prochainement le lancement de « Prev'assur » (une offre grossiste prévoyance pour les TNS 100 % digitale). Nous avons aujourd’hui une forte demande pour ce type de produit via notre réseau de courtage pour le portefeuille « petites entreprises ».

Notre association avec le fonds d’investissement LT Capital nous permet de bénéficier des moyens de nos ambitions. En 2019 également, nous offrirons des services d'aide aux courtiers sur leur communication, leur compliance et leur formation digitale, et nous annoncerons d’autres lancements de produits avec de nouveaux porteurs de risques. Enfin, nous continuerons l’implantation en région de points de vente Leader assurances.

Quelle est votre vision des défaillances d'entreprises d'assurance actives en France en construction et agissant en libre prestation de services ?

J'ai été particulièrement attentif à ces actualités et ai suivi de près ces défaillances de certains nouveaux acteurs. Je suis particulièrement intéressé, ayant moi-même fondé Leader Underwriting qui représente en France MIC Insurance. J'ai ainsi lancé la compagnie en France en 2011.

Mais, à la différence de certains, je me suis d’emblée demandé, en choisissant l'assureur qui porterait mes risques, s’il s’agissait bien d'un assureur de métier disposant d’une bonne maîtrise des risques souscrits. Alors que dans le cas des défaillances récentes, le représentant mandataire de la compagnie se demandait sans doute davantage quel serait le niveau de sa commission !

Ces récentes défaillances illustrent deux choses selon moi : d’abord, l’intermédiaire doit avant tout travailler avec des assureurs, pas avec des actionnaires ou des sociétés de passage qui s’improvisent porteur de risque. L’autre élément auquel il faut prendre garde est de ne pas généraliser la mise en cause de la LPS qui, au global, est une excellente chose. La LPS permet de faire bouger le marché et introduit davantage de concurrence. C’est bénéfique pour tous sauf peut-être pour les tenants d’un marché cartellisé.

La LPS a permis de garantir un grand nombre de sociétés du bâtiment qui travaillaient jusque-là parfois sans assurance, pourtant obligatoire. En outre, tous les assureurs majeurs du marché français sont actifs ailleurs en Europe par le biais de la libre prestation ou du libre établissement.

Enfin, je pense que l’amalgame qui est fait actuellement entre de véritables escroqueries et de prétendus problèmes de LPS est contre-productif pour tout le monde. Des fautes de gestion internes peuvent arriver et se produisent dans tous les secteurs d'activité, l’escroquerie pure et simple c’est autre chose.

Qu’est ce qui explique ces défaillances ? 

C'est selon moi assez simple. Le choix de l'assureur par son mandataire est le principal problème. Certains de ces derniers percevaient jusqu’à 40 % de la prime en commissionnement et en parallèle ne vérifiaient pas le juste provisionnement du porteur de risque, ni même sa maîtrise du risque souscrit. MIC Insurance est assureur depuis trente ans et connaît les risques construction depuis toutes ces années.

L’autre problème réside dans la régulation intracommunautaire. Il est totalement anormal que l'ACPR n’ait pas disposé d'un droit de regard sur les risques souscrits sur son marché de tutelle, au moins pour les branches à déroulement long comme la construction.

Comment accepter qu'un acteur LPS étranger puisse exercer sur une branche d'assurance qui existe uniquement en France et dans aucun autre pays du monde sans être en relation étroite avec l'organe de contrôle français ?

Dit autrement, je milite pour que la LPS soit renforcée via un organe de contrôle territorial qui, s’il n’a pas de pouvoir contraignant, puisse au moins être informé sur le provisionnement technique et la méthode de projection des sinistres à venir, ainsi que sur le SCR et le MCR.

Le problème inhérent à la LPS vient selon vous de son contrôle ?

Oui et chaque acteur LPS actif en construction sur le marché français devrait travailler avec l'ACPR, l’organe de contrôle du pays où il souscrit les risques plutôt que celui du pays où il a son siège social.

Comment reprocher à l'organe de contrôle français de ne pas avoir anticipé les défaillances de CBL, d'Elite, de Qudos ou encore de Gable... alors même qu'il n’avait aucun pouvoir contraignant. Et en vérité tour le monde y gagnerait car les rumeurs et dénigrements actuels anti-LPS prendraient fin d’eux-mêmes.

Ce n’est pas au courtier de proximité de contrôler le SCR de l’assureur à qui il confie ses risques mais bien à un organe de contrôle. Encore faut-il qu’il dispose des comptes techniques en toute transparence. 

La construction représente-t-elle une grosse part de votre chiffre d’affaires ? Avez-vous pris en garantie certains des quelques dizaines de milliers de contrats en déshérence ?

Mon groupe réalise moins de 50 % de son CA en construction et nous travaillons avec des acteurs étrangers et français. Il faut éviter la dramatisation. J’ai entendu ici ou là qu’il y aurait jusqu’à 400 000 contrats en déshérence ! C’est n’importe quoi... La grande majorité des entreprises s'est replacée, et selon moi il y a moins de 60 000 contrats en déshérence sur le marché, parfois pour des raisons toutes autres que la défaillance de leur assureur.

En revanche, le sujet le plus grave concerne la dommages-ouvrage donc le client final. Bien sûr, il faut que le FGAO puisse intervenir mais surtout que les assureurs se montrent responsables et prennent en garantie rétroactive ces clients en situation délicate. Notre métier a une dimension sociale et pas seulement financière. Le législateur devrait selon moi le rappeler si cela ne vient pas naturellement à l'esprit de certains.

Quelle pourrait être l’amélioration susceptible d’éviter que cela ne recommence ?

Pour l’heure, rien n'a changé. Les syndicats, le législateur, l'EIOPA, personne n'a véritablement bougé. Je crois que la solution pour l'assureur étranger voulant œuvrer sur des branches longues en LPS et donc ne souhaitant pas s'installer en France serait de l'y obliger, avec un représentant légal à la disposition le cas échéant de l'ACPR, et avec l’obligation de communiquer tous les éléments correspondant à l'exercice de son activité en France.

Votre groupe, actif en construction par le biais d’un assureur LPS implanté à Gibraltar, est parfois associé à ces pratiques, souffrez-vous de l'amalgame ?

Oui, au point que j'ai un conseil à l'année qui assigne ou met en demeure chaque dénigrement ou diffamation sur l'assureur que je représente. C'est insupportable. Nous sommes les seuls à mettre chaque mois à la disposition de nos clients, de nos partenaires courtiers, tous les rapports financiers. Nous sommes les seuls à ne pas avoir cédé au dumping tarifaire en acceptant un recul de notre activité sur cette branche certaines années face à une concurrence aux pratiques tarifaires complètement hors sol...

Nous continuerons à être vigilants pour que la moindre tentative de bloquer une attestation MIC soit lourdement sanctionnée.

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